Histoire·Politique

Le 14 juillet, ça ne sera jamais plus comme avant.

Hier, vendredi 14 juillet 2017, comme des milliers de français je suis sorti afin d’assister à l’un des nombreux feux d’artifice tirés dans le pays à l’occasion de la fête nationale.

Un moment festif, convivial, instauré au cours de la III ème république et avec deux significations : la prise de la Bastille de 1789 et la fête de la fédération survenue un an plus tard.

Des évènement lointains, mais tellement importants au point qu’on les célèbre encore aujourd’hui.

Ainsi je n’ai pas déroger à la tradition familiale en allant assister au feu d’artifice près de chez moi, avec ma fille, impatiente qu’elle était de contempler ce spectacle de sons et lumières époustouflant.

Les explosions dans le ciel, ces formes lumineuses et colorées s’agitant dans l’obscurité, cette sensation de n’être rien en sentant le sol, et tout son corps, vibrer au rythme des détonations.

L’instant était magique pour elle, il l’aurait également été pour moi si je n’avais pas remarqué à quelque pas, une camionnette garée au travers de la rue comme pour faire un barrage… un barrage à l’horreur.

Une fête nationale définitivement gâchée

Alors que le retentissement sourd des explosions continuait de provoquer les « ohhhh » et les « ahhh » admiratifs de la foule, je me perdais de mon coté à repenser aux évènements dramatiques survenus un an plus tôt, à Nice.

Un forcené avait chargé la foule sur la promenade des anglais avec un poids lourd, causant la mort de 86 personnes et faisant 458 blessés.

Un attentat horrible revendiqué par l’état islamique, organisation terroriste qui multiplie les actes abjectes en s’en prenant à des innocents depuis quelques années maintenant.

Bien sur, en allant à ce feu d’artifice j’ai conscience que le risque pour qu’un attentat soit commis ce jour, à cet endroit est minime, néanmoins je ne peux m’empêcher d’y penser. Et pourquoi pas moi ? Et pourquoi pas ici ? Après tout je suppose que chaque victime d’un attentat se sentait en sécurité avant le drame.

Je me mis machinalement à scruter aux alentours, à droite, à gauche, dévisageant les gens autour de moi, guettant leurs mouvements et cherchant du regard les potentiels point de sorties.

Ma fille souhaite que je la porte sur mon dos pour qu’elle puisse mieux admirer le spectacle, je m’exécute alors non sans me dire qu’ainsi je pourrai sans doute l’emmener plus vite avec moi en cas de problème.

Les minutes filent, et semblent durer une éternité, alors qu’à chaque explosion, à chaque vibration, je me demande si celle ci est bien prévue au spectacle où si il s’agit d’autre chose…

Mon inquiétude, contraste avec l’expression de joie sur le visage de ceux autour de moi : n’y pensent-ils pas ? s’en moquent-ils ou feignent-ils juste une relative sérénité ?

Bien sur on se réconforte en se disant que le risque est minime pour qu’il se passe quelque chose… on en viendrait presque à avoir des idées malsaines en espérant apprendre un attentat ailleurs, à l’autre bout de la France, ce qui réduirait d’avantage encore les probabilités qu’il y en ait un là où l’on se trouve.

Puis on chasse ces idées noires et on cherche à faire bonne figure en applaudissant lors du « bouquet final », sourire aux lèvres, mélange de joie et de soulagement, car on va pouvoir quitter cet endroit non sans avoir admis avec ses voisins que c’était quand même un bien beau spectacle.

Un spectacle malsain

Ce qui est le plus gênant avec cette fête nationale, c’est l’obligation presque morale qu’on a d’afficher notre joie, notre bonne humeur (après tout c’est la fête), alors que dans le même temps on pense forcément aux évènements tragiques de 2016.

Bien sur, le terrorisme ne doit pas gagner, et pour cette raison comme beaucoup j’ai fais le choix de continuer ma vie comme avant.

Aller aux spectacles, au cinéma ou dans les centres commerciaux, faire comme avant pour ne pas donner la victoire aux terroristes qui voudraient justement nous priver de nos libertés.

Mais hier la situation était un peu différente, puisque « faire comme avant » revenait à « faire la fête ». Mais d’un autre coté, festoyer n’est il pas totalement contraire au recueillement que nous devrions avoir par respect à l’égard des victimes de l’année passée ?

Faire « comme si » ces évènements tragiques n’avaient pas eu lieu, c’est un bon moyen pour défier ces terroristes ; mais d’un autre coté cela ne revient il pas à oublier un peu vite la mémoire de ces hommes et femmes qui ont perdu la vie dans ces conditions horribles ?

Un sentiment étrange au final, d’avoir laissé la responsabilité aux mairies de la posture à prendre face à la situation. Or, le 14 juillet, ça n’est pas une fête de quartier… c’est censé être la fête nationale. Peut-on vraiment se contenter de faire comme si de rien était, tout en calant entre le défilé et le feu d’artifice un petit hommage, histoire de marquer le coup ?

N’est-ce pas aussi vider de son sens historique cette date qui n’est pas un jour comme les autres… à l’époque où la fête nationale fut instituée, il y eu beaucoup de défiance d’une partie de la population qui voyait d’un très mauvais œil le fait de commémorer une journée marquée par le sang (la prise de la Bastille), c’est la raison pour laquelle on lui donna une deuxième signification : la commémoration de la fête de la Fédération.

Or la nation a été sévèrement meurtrie le 14 juillet 2016 sans que visiblement, cela ne remette en question le bien fondé de cette « fête ». On en vient à se demander combien de morts faudrait il pour que nos dirigeants se posent ce genre de question.

Une chose est sure, c’est que l’année prochaine en tout cas, j’y réfléchirai à deux fois avant d’aller assister aux feux d’artifice du 14 juillet. Non par crainte, ou par peur des terroristes… je ne cèderai pas !

Mais je ne pourrai m’empêcher de m’interroger plus profondément sur le sens de cette date… sur le sens qu’ont voulu y donner ceux l’ayant instituée. Car l’Histoire avec un grand H ça n’est pas seulement celle des temps passés que l’on apprend à l’école et qu’on trouve dans les livres… l’Histoire c’est aussi celle que nous écrivons au jour le jour, et celle qui s’est écrite le 14 juillet 2016, aussi funeste soit-elle.

Refuser d’en tenir compte et rester focalisé sur la révolution française, c’est accorder bien peu d’importance à qui nous sommes et aux évènements qui ont pourtant un impact direct sur nos vies.

Rester qui nous sommes, pour lutter contre le terrorisme, c’est une très bonne chose.

Mais maintenir une fête nationale un an après jour pour jour un drame terrible, est-ce cela rester nous même ? La fête de la nation, le jour même où celle ci a été tristement blessée.

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